Une case en moins

12 mars 2012

Surréalisme : l'homme du Ciguri a désormais rejoint ses maîtres

Major fatal Moeb 38-12

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27 février 2012

Les délires ardents du chevalier Craenhals

Titre  :  Chevalier Ardent : "La dame aux yeux pers"Bete yeux pers -7 - copie

L'auteur : François Craenhals

l'Editeur : Le Lombard/Revue Tintin

La date : n° 1205, 1971

 La page/la case :  case 7 et 8, p. 8 du récit

Le contexte :

Je crois que j'ai découvert Chevalier ardent à l'âge de lire, vers mes 7 ou 8 ans (donc 1977), dans la revue Tintin n° 1205 datée 1971. (avec Tounga et l'auroch en couverture !)

Dans ce numéro figure un récit assez étrange, où notre héros, dans un délire à la fois féérique et angoissant, (donc plutôt onirique), tombe nez à nez dans un défilé pierreux et parsemé d'énormes épines avec un chevalier à la tête de lion quelque peu agressif. ("La dame aux yeux pers")
Un combat s'engage, et lorsque ce dernier est battu, Ardent lui retire ce qui semble être son masque, ...pour découvrir une tête hideuse, sans oreilles, brulée au troisième degré.
Autant dire que ce genre d'image reste gravée lorsque l'on est enfant.

Il est de cet épisode, comme de beaucoup d'autres épisodes de Chevalier Ardent, où la magie cotoie des univers psychédéliques, souvent liés à des cauchemars, des fièvres, ou des drogues que l'on a administrées au héros. (Voir couverture de 1968 à droite plus bas, et (2))

Ici l'auteur nous conte en fait la découverte d'une communauté restreinte vivant en vase clôt sur une parcelle de terrain cachée derrière un rempart rocheux.
Au centre de cette communauté : un chevalier revenu de croisade brulé,  que sa dame croyait mort. Celle-ci devenu folle de chagrin imagine vivre dans un conte de fée et reçoit son amant avec la tête de lion qu'il s'est fabriqué; comme un héros de conte.
Ce dernier l'isole alors avec sa cour afin de continuer à jouer le jeu.

bete aux yeux pers 1Si François Craenhals, l'auteur/dessinateur alors agé de 45 ans n'a commencé cette série originale qu'en 1966, (voir le lancement dans Tintin) avec une histoire complète contant les origines de son jeune chevalier ("le Prince noir", repris en album en 1970 seulement), cela fait 16 ans déjà qu"'il exécute des dessins et des petits récits (westerns souvent), et sa série phare "Pom et Teddy" dans le journal de Tintin.
Mais il en a marre et, féru de chevalerie, il est enfin mûr pour franchir le pas d'une série plus originale et adulte.(1)

On l'en remercie, car lorsque l'on replace celle-ci dans le contexte des séries classiques franco-belge touchant au moyen âge, il  sans dire que Chevalier Ardent fait partie des meilleures.
Les Funcken avaient créé le Chevalier blanc. Il y avait eu aussi Harald le viking...
La référence américaine (1937) de Prince Valiant  était bien sûr dans les esprits, mais quelle autre série franco-belge, à part Bohémond de St Gilles (plus tardive, 1976 par Juillard), pourrait faire concurence dans ces années là ?

Les récits sont nerveux, débutent souvent sur les chapeaux de roue, les intrigues sont noueuses, et le héros, fougueux (ardent !), possède une attitude peu commune dans la bande dessinée, prêt à faire feu de tout bois, au péril de sa vie souvent, ou de son honneur.

Il est d'ailleurs à remarquer les relations étranges qu'il entretient avec le roi Arthus, dont il côtoie comme écuyer, et aime, la fille (la superbe Gwendoline)... pour comprendre le réalisme politique de la série.
Parfois bienvenu à la cour, d'autres fois (surtout au début), arrivant à être jeté au cachot pour ses écarts.

Bete yeux pers -7
Les nombreux passages féériques ne sont aussi pas les moindres dans une série plutôt bien documentée, mais dont l"univers fantastique invoque à chaque instant un suspens prenant.

En comparaison, on peut évoquer Thorgal (après "Harald" c'est LA série viking franco-belge), arrivée en 1977 dans Tintin (donc 11 ans après). Et si cette série a connu un succès méritoire, il est important de faire remarquer qu'elle doit beaucoup en originalité à son prédécesseur.
Tintin 1020
Peu de héros en 1966 possédaient en effet autant de sentiments et d'interrogations existentielles que ce personnage de Chevalier ardent. Peu de récits étaient aussi étranges et violents, bien que la poésie n'était bien sûr pas absente, bien au contraire. (voir "le Passage" entre autre)
C'est de cela dont on se rappellera en pensant à François Craenhals et à son chevalier.


(1) In "Le lombard 1946-1996 un demi siècle d'aventures tome 1" (p 203) (J. L lechat, Le Lombard)

(2) Cette réflexion était aussi (mais ce n'est pas surpenant) celle de Hugues Dayez dans le chapitre/interview consacré à Craenhals dans son excellent livre "Le duel Tintin spirou" (Le Félin 1997)

Quelques témoignages suite à la mort de l'auteur en 2004 sur :
http://www.bdparadisio.com/scripts/ForItems.cfm?IdSubject=0527093625

A lire aussi des réflexions autour de la série sur : http://lectraymond.forumactif.com/t157p30-chevalier-ardent

Posté par hectorvadair2 à 19:21 - Commentaires [7] - Rétroliens [0]
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21 décembre 2011

Le Moyen âge grotesque mais moral de F'murrrr

Titre  :  Les AveuglesAveugles 1

L'auteur : F'murrr

l'Editeur : Casterman

La date : 1992

 La page/la case :  case 1, p. 1

Le contexte :

En Février 1990 un drôle de personnage fait son apparition dans les pages de la revue A suivre. Il s'agit du Pauvre chevalier. Sur deux numéros du célèbre bonus encarté "Comics A suivre" d'alors :  "Epopée désastreuse " et " Apothéose équivoque", Fmurrr va nous conter les aventures moyen-âgeuses de ce chevalier qui a eu la malchance d'être invité (par erreur) à la table du Roi Arthus et de surprendre la reine Guenièvre en facheuse posture avec sire Lancelot.
Là dessus, le pauvre chevalier se voit maudit, condamné à perdre tout ses biens, sauf son cheval (qui pleure tout le temps), et à errer sur les routes, à la risée et aux mauvais traitements de chacun.

Pauvre chalier couv 1Or il croise celle de deux personnages singuliers : un chevalier et son écuyer, travestis tous deux en pélerins. Ceux-ci transportent anonymement la rançon d'un roi (celle du roi Arthus, ou bien Richard ?). Il faut dire que l'on ne s'embarasse pas de réalité et de pertinences historiques dans ce récit, lorsque l'on croise dans le même continuum spatial et temporel Jehanne D'Arc, Robin des bois* (enfin, les personnages de Fmurrrr, qui ont déjà eu l'honneur d'albums), Merlin l'enchanteur, le roi Arthus... Sans parler d'armées françaises et anglaises, se pourfendant à coup de pluies de flèches en arrière plan, par dessus les bulles de textes de nos protagonistes principaux.
Bref, au niveau dessin, moults détails abracadabrants parsèment les cases.Chevalier p6 (Des objets volants improbables traversent le ciel...)

Les dialogues quant à eux sont irrévérencieux et d'un humour vache à faire pleurer (de rire), et les situations non sensiques, quoi que suivant une logique implacable.
Il s'agit en fait d'une sorte de tragédie Grecque, avec les choeurs récitant régulièrement, sous la forme de petites bêtes sans importance, apparaissant en bas de page et commentant les scénettes. Mais tout cela est si inopportun, que l'on croirait y voir de l'improvisation.

Fmurrr nous entraine ainsi dans son univers décalé, déjà bien perçu dans sa série phare "Les Alpages", en y introduisant une touche historique et poétique d'un autre temps (celui de Villon ou des dames galantes), tout à fait émouvant.

L'aspect dramatique est donc bien présent, et à l'issu du second chapitre, le chevalier niais,  atteint à la tête, tel un Foudre béni chez Hergé, s'envole comme un ballon, avant d'être pris pour un oiseau et cloué sur place par une flèche en pleine tête.
Fin de l'acte 1.
Pieter_Bruegel_d
Acte 2 : Les aveugles et le chevalier Licorne.
Or donc, au début de ce troisième et avant-dernier acte, qui feront une fois reliés l'objet d'un album intitulé "les Aveugles", nous suivont la route d'une bande de six compères non voyants. L'entrée est abrupte, sans introduction, et se fait très intelligemment au travers d'une filiation culturelle précise : la parabole des aveugles de Brueghel l'ancien (1568).

Ces aveugles, dont l'un voit aussi bien que vous et moi, vont tomber sur la chaumière d'une gente dame : Nievenne, dame dont l'amour non réciproque envers Merlin l'amène à lui jeter un sort, l'enfermant à jamais sous une dalle, puis masquer son propre visage afin de ne jamais plus être désirée.
Mais la quête improbable du chevalier (à la flèche fendant son crane, d'où le nom de "Licorne") est justement de délivrer Merlin de son enchantement... (!! ?...)

Aveugles p48 c4-5Ce récit trés bien mené, rempli de poésie et de clins d'oeil à la légende de la table ronde mais aussi à d'autres grands repères culturels (cf Van Gogh et ses tournesols) ravira tout amateur de bons mots, de philosophie et de morale.

Une question subsiste : Comment un tel scénario et un tel style aussi originaux peuvent-ils avoir été réalisé par un seul homme ?
Il faut dire qu'ls sont rares, les auteurs/dessinateurs à avoir pu et su nous emporter aussi loin dans leurs univers mentaux si personnels et si difficilement transposables.
On serait tenté de rapprocher cet humour de celui communément appelé "anglais", et un Peter Greenaway ferait justement un excellent réalisateur pour une adaptation cinématographique d'une oeuvre telle.

Aveugles p98 c3
En bande dessinée, on pensera bien sûr à Jean Claude Forest, qui a de plus "touché" au Moyen-âge avec son "Renart" (cf précedente note sur ce blog), mais aussi à Francis Masse, dont les délires psychotiques aux décors insensés restent gravés dans les esprits de tous les lecteurs qui ont fait leur découverte.

... Fmurrr est un trés grand auteur et un fameux poète.. Cela valait bien un hommage.

- A lire : une interview trés intéressante de Fmurrr sur Le Briographe

* Robin des boites, dont la réédition de l'album Futuropolis est actuellement en rayon, dans une version augmentée, chez Dargaud.

- Pour en savoir un peu plus sur l'oeuvre de Brueghel l'ancien :
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Parabole_des_aveugles

© Images : Fmurrr/Casterman

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20 décembre 2011

"Que pas un de ces chiens n'en réchappe" ! : l'hyper réalisme de Blueberry.

Titre  :  Général tête jauneGeneral tj p43, série Lieutenant Blueberry

Les auteurs : Giraud, Jean , Jean-Michel Charlier

l'Editeur : Dargaud 

La date : 1971

 La page/la case :  case 5-6, p. 43

Le contexte :
Historique :
C'est l'hiver. Nous sommes en 1868 et les guerres contre les Sioux et les Cheyennes font rage depuis déjà plus de dix ans, plusieurs traités ayant été floués par les Etats unis...

La bataille de Little Big Horn n'a pas encore eu lieu (1876), mais Custer est déjà un militaire connu, et de terribles actions ont préalablement décimé des tribus indiennes du Dakota et du Minnesota.
Le 27 novembre 1868, en représailles à des raids meurtriers d'indiens Cheyennes, le lieutenant-colonel George A. Custer attaque le village de Black Kettle, tue plus de 120 guerriers, fait 53 prisonniers civils. Cela se passe dans l'Oklahoma, et c'est de cet épisode que s'inspire Giraud lorsqu'il décrit l'aventure du général Tête jaune.

Cet album fait suite à deux autres épisodes de la série Blueberry traitant de ce cycle "Guerre de plaines" : "le Cheval de fer" et "La Piste des Sioux". L'action fictionnelle pourtant inspirée se situe dans les collines du Wyoming et du Colorado, et les personnages en présence sont : le Général Dodge, Le général Allister (Custer), le Major Foster, Les lieutenants Budinglow et Blueberry et ses acolytes habituels : Red neck et Mc clure.

Déjoué dans une attaque de village près d'une rivière, (la Washita ?) le septième de cavalerie doit se séparer, laissant Le lieutenant Blueberry et une soixantaine d'homme couvrir les arrières du général Allister/Custer, qui s'engage vers un autre village Cheyenne afin de les prendre par surprise.

S'ensuit alors une course poursuite contre la montre, semée d'embuches où la cavalerie, divisée en deux groupes distincts voit Blueberry, faisant preuve d'un courage et d'une témérité exemplaires s'isoler dans un second temps afin de metttre en place un plan de diversion (les fameuses fausses explosions de combat dans les montagnes.), avant de revenir sur le front des batailles et manquer succomber face à l'incompétence du général Alister, et la coalition indienne puissante et préparée.

Général tj p29Tout l'album sera ainsi fait de scènes tendues, de tensions palpables, où l'on se trouve en tant que lecteur pris au centre des combats, sentant presque la sueur des acteurs lorsqu'ils passent à nos côtés. C'est d'ailleurs la marque de ces grands auteurs que sont Giraud, mais aussi Charlier, de nous montrer un réalisme exacerbé, au plus près des belligérants. Chose que peu d'autres bandes dessinées (Western) ont pu réaliser au demeurant.

Genral tj p15

Si le Western dans la BD n'est pas un thème inédit, loin de là*, nulles n'ont cependant traité  de manière aussi réaliste et passionnée et sur une durée aussi longue le sujet des guerres indiennes que dans la série Blueberry.
- La série Mac Coy a donné à voir des Apaches ou Séminoles assez belliqueux, dans des contextes relativement historiques, quoi qu'avec une tonalité un peu gothique assez particulière, et on y reviendra. (Elle a d'ailleurs aussi traité de Little Big Horn)
- Comanche, avec "les Guerriers  du désespoir" et "Furie rebelle" a traité à sa façon des rebellions Cheyennes, les noms des chefs indiens ayant été changés,
- Jonathan Cartland a davantage abordé les relations aux indiens que de véritables conflits militaires, tout comme Buddy Longway, bien que certains épisodes comme "Capitaine Ryan" ou "Hooka Hey" traitent plus précisement de batailles entre l'armée américaine et des partis Sioux ou Crows.

Quant à Jerry Spring, pour citer une autre série bien plus classique, les indiens étaient souvent encore plus faire valoir que de véritables éléments thématiques des histoires, (dans un contexte militaire), ...mis à part peut-être "Fort Redstone".

Aussi, liant documentation historique rigoureuse, scénario ténu, découpage serré, dialogues au couteau, et dessin hyper réaliste, Bluebbery et ce "Général Tête jaune" offre donc aux lecteurs un chef-d'oeuvre en matière de récit de guerre indienne en Bande dessinée, ces cases en étant une illustration.
A noter que les épisodes de la série traitant des tribus Apaches sont tout aussi remarquables.

Nb : Dans le registre bande dessinée ou récit illustré, et en restant dans la thématique Western et indiens, on pourra citer  avec un fort apport documentaire, les très bons (mais méconnus) : "Comanche moon" (Jack jackson, Artefact, 1980, traitant de la vie trés documentée du métis comanche Quana), et un titre comme "Sitting Bull, le Grand chef Sioux" (Fernand Nathan, dans la collection Far west, 1984), très bien écrit par George Fronval et magnifiquement illustré par Jean Marcellin.)

Légende image 2 : Un autre passage mémorable de l'album : la prise de Cheyenne "brutale" grâce à une branche élastique, mais dure. Comme quoi il ne fait pas bon être à la traine...

Image 3 : cette scène de vieux indiens, revenant sur leurs pas pour achever un général pris dans l'eau glaciale est aussi un moment intense et à fort potentiel de suspens de cet album.


* On pourra à ce sujet se reporter utilement au bel article de Gilles Ciment sur  le Western dans la BD  : http://gciment.free.fr/bdessaiwestern.htm

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17 août 2011

Les GROS MOTS (CHROMOS) de TINTIN (Venez comme vous êtes !)

Une exception ce soir, puisque cette note m'a été soumise par Philippe Morin, rédacteur en chef de feu la revue PLG, directeur de la maison d'édition du même nom, et relation amicale BDphile.

Comme celle-ci présente un intérêt critique certain, même si l'on quitte l'analyse BDphile pure d'une case pour rentrer plutôt dans la polémique sujette à une autre, je préciserais donc ceci : Etant moi-même plutôt fan de Hergé, mais ne souhaitant pas valider toutes ses prises de position (du passé), et considérant que Moulinsart SA doit assumer l'entièreté du patrimoine Hergéen, (...) j'assume de mon côté la publication de ce billet sur 1caseenmoins. C'est parti :

Chromo43Titre  :  les Chromos "Voir et savoir" : un « Hawker Typhhoon »

L'auteur : Hergé

l'Editeur : Lombard (©Casterman) et Septimus

La date : 1953

Le contexte :

A partir de 1953, a lieu la publication de la collection « VOIR et SAVOIR par HERGE » publiée par le LOMBARD (mais dont le copyright est CASTERMAN et qui en aussi est l’imprimeur).
C’est une collection du Chèque tintin. 
Plusieurs séries d’images de format moyen que l’on gagne en réunissant les fameux Chèques Tintin que l’on trouve dans plusieurs marques de produit alimentaires.
Il existe un album cartonné dans lequel on colle ces images en emplacements prévus à cet effet.

L’album IV est consacré à l’Aviation, et la série 9 est consacrée aux avions de la seconde guerre
mondiale (les séries étant chronologiques).
Chaque image comporte un dessin en couleurs de l’avion en question avec un dessin de Tintin en
situation par rapport à l’avion.
Pour l’instant, rien de sensationnel. 


Plusieurs de ces images sont évidemment consacrées aux avions allemands de cette guerre, et
cela permet de mettre en situation Tintin de façon plutôt humoristique (habillé avec l’habit
traditionnel bavarois, ou bien guindé en officier supérieur de la Luftwaffe, l’armée de l’air
allemande).
Il est notoirement acquis que c’est Jacques Martin, alors travaillant au Studio Hergé, qui est en
charge de ces dessins réalisés dans le plus pur style Ligne Claire. Mais c’est sans doute Hergé qui
garde la main sur les dessins de Tintin. Certains (mais pas tous) sont complétés de sa signature.
Le numéro 43 de cette série, un « Hawker Typhoon », avion anglais datant de 1942 qui a
notamment servi sur le front de l’Ouest après le débarquement allié en Normandie en 1944, réputé
pour être équipé d’un armement redoutable qui lui permettait de détruire notamment les tanks
allemands. Chromo43gros
Le dessin de Tintin le représente en uniforme de l’armée allemande (version camouflage pour
l’automne), en équipement complet, avec un fusil, une baïonnette et un masque à gaz, courant
avec Milou à ses trousses pour échapper à l’avion en piqué. Il a signé le dessin.
Mais si l’on regarde de près le dessin, on constate que cet uniforme n’est pas un simple uniforme
de l’armée allemande, l’insigne du col ne laisse aucun doute, il s’agit d’un insigne de la SS, la
« Waffen-SS », cette unité spéciale de sinistre mémoire qui possédait sa propre hiérachie et qui se
battait sur tous les fronts aux côté de l’armée allemande, s’occupant notamment des basses
besognes (en France, ils sont responsables de la destruction du village Oradour-sur-Glane et de
ses habitants). Waffencouleur
On peut se demander, pourquoi 8 ans seulement après la fin de la guerre, Hergé a cru bon
d’ajouter ces 2 terribles lettres sur le col de Tintin, alors que rien ne le justifiait, et l’absence
d’insigne aurait simplement identifié Tintin à un simple soldat anonyme de l’armée régulière ?
S’agit-il d’une façon de sous-entendre que si Tintin avait porté l’uniforme allemand, il se serait
forcément enrôlé dans la Waffen-SS....

Souci d’exactitude historique puisque les belges qui souhaitaient se battre sur le Front russe pouvaient s’engager dans une Division de la SS spécialement créée en 1944 à cette occasion, et appelée Division Wallonie (de même qu’en France, il y eu la Division Charlemagne) ?  
Et pourtant, le Typhoon ne s’est jamais battu sur le Front de l’Est. 
Et pourtant, l’insigne SS figurant sur le col des soldats figurait sur le col droit, en blanc sur fond
noir, ce qui n’est pas le cas ici.
On peut donc estimer, que c’est en toute connaissance de cause qu’Hergé a ajouté discrètement
cet insigne, sorte de clin d’œil de mauvais goût ? 
En tous les cas, ce dessin est passé inaperçu.

SSpubOn rappellera que ces albums n’ont été réédités qu’une seule fois,  à la fin des années 70 par les éditions SEPTIMUS à tirage limité. Mais depuis trente ans les éditions Moulinsart, pourtant à l’affût de tout le matériel peu connu lié à Tintin ne les ont jamais réédités.


...De revoir ce dessin près de soixante ans plus tard, avec le recul, peut provoquer une gêne, voir un malaise. En tous les cas, jamais ce dessin ne pourrait aujourd’hui être publié tel quel sans justification ni sans réaction... ("Ce qui est désormais fait ce soir"... , note de "l'éditeur".)

 
Philippe MORIN 

UN site de référence pour visualiser l'ensemble des chromos d'Hergé : Tintinpassion

tintinmcdoImage ci-dessus trouvée sur :

http://www.touscollectionneurs.com/forum/viewtopic.php?p=228531

Posté par hectorvadair2 à 23:31 - Commentaires [6] - Rétroliens [0]
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