23 janvier 2010
Plus que le vent, le sable et la mer ... un hommage à Jacques Martin.
L'auteur : Jacques Martin
l'Editeur : Casterman
La date : 1970
La page/la case : case 9 p. 56
Le contexte :
Jacques Martin, célèbre créateur d'Alix, Lefranc et Jhen (pour ne citer que les plus populaires de ses personnages), grand amateur d'histoire et inventeur reconnu de la bande dessinée historique vient de nous quitter cette semaine.
1caseenmoins ne pouvait pas ne pas rendre, ne serait-ce qu'un petit hommage à l'un des derniers maîtres de la bande dessinée franco-belge.
L'occasion sans doute de rappeler les grands noms de ceux qui nous ont déjà quitté, souvent associés aux journaux Tintin et Spirou :
Paul Cuvelier (1970), Maurice Tillieux (1978), Victor Hubinon (1979), Jijé (1980), Hergé (1984), Edgar Pierre Jacobs (1987), Jean Michel Charlier (1989), Peyo (1992), Bob de Moor (1992), Mitacq (1994), Franquin (1997), Greg (1999), Morris (2001), Macherot (2008), Tibet (2010) !!
Et d'adresser un salut respectueux à : Eddy Paape, Jean Graton, Cauvin, Leloup, Weinberg, Liliane et Fred Funcken...
La case d'aujourd'hui fait partie des plus poétiques que Jacques Martin a pu nous proposer dans ses meilleurs albums.
Les deux extrémités de ce Dieu sauvage sont basées sur le principe du "Avant/après". On pourra d'ailleurs se reporter à un article du site Du9.org consacré au thème de l'architecture empruntant cette même case.*
Belle façon d'introduire et de finir un récit, qui a du laisser comme moi je suppose ému des milliers de fans à sa première lecture.
Habitude de narration que l'on retrouvera d'ailleurs dans d'autres albums et qui deviendra une sorte de "touche" martinienne, si agréable.
...Les témoignages et hommages sont déjà nombreux pour décrire l'homme chaleureux et l'importance de l'oeuvre, surtout sur le web. Voir :
Alix l'intrépide
Alix mag
Alix, Jhen et les autres...
en dehors des journaux papier de la presse qui, en France ont plutôt joué la carte de l'information pure (Libération, le Figaro)..) que celle d'un hommage respectueux et ému.(...)
Alors, même si certains derniers albums d'Alix, entre autre série reprise par de jeunes dessinateurs, n'ont pas brillé par leur qualité, on ose espérer qu'un prochain saura apporter l'hommage qui est dû à ce grand auteur.
Jacques Martin, merci et.. bon voyage !
(*) Du9.org
30 novembre 2009
Berlin : faut-il des lunettes pour voir le chaos ?
Titre : Berlin, la cité des pierres
L'auteur : Jason Lutes
l'Editeur : Delcourt, collection Outsider
La date : 2009
La page/la case : p. 140 , cases 1-2
Le contexte :
Un bouquin offert cet été pour mon anniversaire par des amis attentionnés. J'avais déjà eu l'occasion de feuilleter ce roman graphique en médiathèque il y a quelques années, puisqu'une première traduction française avait été proposée par le Seuil en 2002 (déjà?), mais sa lecture complète m'a permis de découvrir un récit de tout premier ordre, aux qualités indéniables, tant sur le fond que la forme.
Édition Delcourt tome 1
Jason Lutes est né en 1967* et cet auteur américain
immigré assez jeune en France a eu une éducation culturelle qui lui a
permis de dégager un style d'écriture (et de dessin) proches de la ligne
claire européenne, même si la plupart des articles faisant mention de
cette particularité reprennent un peu trop facilement à mon goût le
discours de l 'intéressé lui-même, dont le désir aurait été d'être publié
à l'origine en France.
Car même s'il est vrai que son récit
traitant de la monté du national socialisme (nazisme) à Berlin en 1929
se déroule en Europe, et se situe assez loin des préoccupations
américaines habituelles que l'on peut lire dans des comics plus courant, de style graphic novel ou autre, où l'autobiographie (Graig Thompson), le témoignage ou road movie
(Jessica Abel), les histoires d'adolescents shootés (Charles Burns), ou
des récits poético-fantastiques (Jim Woodring, Tony Millionaire, ...)
sont plus connus, on est je pense encore assez loin de la vrai ligne
claire franco-belge dont le trait rond, anguleux et bien noir sert plutôt habituellement des
récits dits "classiques" du genre
polar ou aventures publiés historiquement par les grandes maisons d'éditon Dupuis, Casterman ou Dargaud..
Dire simplement que Lutes fait de la ligne claire est donc l'arbre qui cache la forêt (voir une contre-vérité) à mon sens.
Ci à droite : couverture première édition française (Le Seuil)
Il
n'en demeure pas mois que son Berlin, dont le tome deux a paru en Octobre reste un roman graphique de haut niveau, culturellement et
historiquement très riche.
De nombreux thèmes sociaux et culturels
sont abordés de manière réaliste et tendre : La culture, avec le suivi d'une
bande d'amis fréquentant les Beaux arts, ou les salles de spectacles; la pauvreté (le froid, les
immeubles insalubres...); la politique (communisme et solidarité,
national socialisme, manifestations, haine, violence, vie des petites gens...); la religion (belles scènes de Noël juif); les
relations amoureuses, souvent difficiles, dans et hors mariage, hétéro
et homosexuelles....
Lutes a aussi l'intelligence d'user de techniques efficaces de narration (cf. par exemple la case en moins de cette note, basée sur la malvoyance de Kurt Sévering, l'ami journaliste de Marthe, alors que celle-ci tente de portraiturer son ami sans ses lunettes). Astuce graphique qui rentre dans les délices auxquels un Scott Mc Cloud nous a appris à faire attention lors de la lecture (et la conception) d'une bande dessinée.
Case 4 de la page 140
Il y a multitude d'autres exemples qui parsèment cet excellent roman graphique qu'il serait trop long à citer : La neige sur la ville et les perspectives qui changent, la mort de Gudrun Braun et son dernier rêve perdu, les musiques ou les paroles de la radio qui transitent dans l'air froid par dessus les dialogues des personnages, les attitudes et les pensées des personnages eux-mêmes, hyper-réalistes... Tout cela participe à faire de Berlin un ouvrage incontournable.
On reprochera cependant une maquette qui,
ayant privilégié le format roman, (même s'il est d'assez grande taille) nous donne à lire des bulles ou pavés
de texte aux polices de caractère taille 9 voire 8, ce qui rend le
texte souvent illisible pour des yeux normaux.
Dommage pour un livre exigeant qui pourrait intéresser un plus large public, portant des lunettes par exemple.
Je
n'ai pas encore lu de notes traitant de ce souci précis, mais s'il
fallait jeter une pierre dans ce mur... ça serait celle-là.
Note : 8/10
néanmoins.
* La biographie de l'auteur chez son éditeur Drawn & quarterly
- La chronique de Berlin sur Chronicart.
08 août 2009
Alvaro, le neveu orphelin d'Oliveira

Titre : Tintin au pays de l'or noir
L'auteur : Hergé
l'Editeur : Casterman
La date : 1969
La page/la case : p. 44 , cases 8/9
Le contexte :
"Quoi, un "Tintin" dans "1 case en moins" ? Facile ! déjà-vu !!..." Puis-je déjà entendre.
Et pourtant... oui pourtant, combien de blogs consacrent une note
entière à un seul album de Tintin et combien à cet album en particulier,
pas un des plus populaire de surcroit, à l'inverse d'autres titres comme Tintin en Amérique, L'île noire, le Temple du soleil, le Lotus bleu, le Crabe au pinces d'or, On a marché sur la lune...par exemple.
"Au pays de l'or noir", les amateurs le savent bien est un album qui s'est fait en deux temps a et a vécu une drôle d'aventure. Ce récit politique basé sur la guerre et la crise pétrolière n'est pas ce qu'on peut appeler un album jeunesse à proprement parler. Dans toute la bibliothèque tintinophile il fait en effet partie, à l'image de "Coke en stock" ou des "Picaros" de ces albums matures abordant des sujets délicats tels la politique internationale, les économies parallèles, les conflits armés, le racisme, la contrebande, l'esclavagisme, la torture, les exécutions...etc., ce qui le place dans une catégorie un peu "à part".
Commencé le 25 Septembre 1939, l'album venait après le Sceptre d'Ottokar et le capitaine Haddock n'existait pas encore. Interrompu dans le journal le Petit vingtième le 8 Mai 1940 (alors que les troupes allemandes entraient en Belgique), au moment de l'épisode où le docteur Müller se rase dans le désert, ce récit restera 4 années en suspens.
Le temps pour d'autres histoires de germer et de paraître durant ce laps, Hergé ayant été appelé aussi à d'autres responsabilités, diriger par exemple le tout nouveau journal dédié à son héros. C'est donc dans le journal Tintin que l'histoire reprend, ré-adaptée, puisqu'entre temps sont apparus de nouveaux personnages dont le capitaine Haddock. Ce qui explique sont apparition introductive éclaire en début de récit, pour annoncer son engagement militaire, validant son absence de l'album, mais aussi son incapacité en fin d'album à dire ce qu'il a vécu . (...)
On se reportera utilement aux articles de Benoit Peeters , (par exemple dans le volume 7 de "l'intégrale Hergé" des éditions Rombaldi, 1985, ou dans son "Monde d'Hergé", 2004 pour la dernière édition), ou à la page 68 de Hergé et Tintin reporters de Philippe Goddin, 1986) pour plus d'infos sur ces évènements et le tour de passe passe hergéen.
Ps du 31/10/09 : Comment ne pas citer aussi le n°266 du Figaro Magazine du 26 Juin 2004, et le dossier "Tintin : l'histoire secrète d'un album explosif". (voir commentaires pour les détails.)

La case qui nous intéresse se situe page 44, à un moment clé du récit, (parmi d'autres.) Néanmoins, celle-ci est particulièrement intéressante.
Tintin est en effet obligé de se grimer afin d'essayer de s'introduire dans la propriété du docteur Müller.
Déjà, ce déguisement (un des rares avec celui très réussi de l'"Affaire Tournesol") donne un cachet particulier à l'album.
Ensuite, notre héros est aidé par son vieil ami De Oliveira qu'il avait rencontré dans les "Cigares du pharaon".
De quelle manière ?
Et bien c'est là que la scène se joue et que la lecture est succulente :
De Oliveira présente Tintin aux gardes de la citadelle comme son pauvre petit neveu Alvaro et se met à leur raconter une tonne d'histoires à dormir debout, mettant en scène une pseudo biographie familiale dramatique allant crescendo.

Pendant ce temps Tintin/Alvaro s'éclipse (De Oliveira pris par son jeu et spécialiste dans le genre continuant à captiver son auditoire).
C'est un must qui se déroule ici en très peu de cases finalement , mais lorsqu'on y repense : quel talent !
En même temps qu'un suspens bien dosé (notre héros va t-il arriver à échapper aux gardes, à lancer son grappin sur la terrasse entre-ouverte ?), l'auteur nous offre un joyaux d'humour et de parodie en se servant d'un des trait de caractère supposé des marchands portugais, (Une case revient d'ailleurs sur Oliveira et le groupe toujours cloué à ses lèvres, certains étant même arrivés aux larmes : jouissif ), et l'attrait de la plupart des gens pour les histoires dramatiques fussent-elles complètement inventées... tout en continuant à doser et à augmenter son suspens en y rajoutant le détail de l'éternuement mystérieux et généralisé qui risque de faire repérer Tintin.
... On est en plein mixe de film noir et de gag !
... Si l'on ajoute à tout cela le décor superbe d'une citadelle perchée sur un promontoire dominant le golfe persique (à moins que ce ne soit un lac ?, suggéré sur une image lors de la descente de Oliveira de la citadelle), et celui de jardins et de souterrains mystérieux... on obtient là l'une des plus belles scènes de bande dessinée classique, ... qu'il eut été dommage avouez-le de ne pas (re)metttre en exergue.
Toutes les images : © Moulinsart SA/Casterman/Hergé
05 août 2009
Singing under the stars (a space mood indigo)
Où l'on revient, après une petite récréation Jacobsienne un peu "hors-sujet", à l'objet initial de ce blog, à savoir extraire une case particulièrement remarquable d'une bande dessinée, afin de mettre en exergue ses qualités intrinsèques ainsi que celles de son support.
Aujourd'hui :
Titre : The Books of magic
Les auteurs : Neil Gaiman (scénario) et Paul Johnson (dessin)
l'Editeur : DC comics/Vertigo
La date : 1990 -1991
La page/la case : p.168 (approx.), case 1+
Le contexte :
Nb : On se reportera utilement avant lecture de cette note à l'essai complet de ce roman graphique publié récemment sur le blog d'hectorvadair.
... Thimothy et Mister "E" sont à la fin des temps et "flottent" dans le néant lorsque le quinquagénaire aveugle demande au jeune garçon ce qu'il voit. Celui-ci répond : "Je ne sais pas, cela est si étrange...
Tout dans l'espace vient à notre rencontre. Toutes les étoiles tombent. Toutes les lumières s'éteignent. Et c'est une étrange sorte de couleur".
- " Quelle couleur, dis-moi ?"
"Um, c'est une sorte de violet-bleu. Quelque soit la couleur à la fin de la fin du spectre. ... Indigo !? (...) "
Mister "E" explique alors qu'à l'inverse de notre temps qui possède un fond rouge (?), comme les étoiles et les galaxies s'éloignent de nous dans un univers en expansion, ici, l'univers touche à sa fin et ce que Thimothy peut voir est un fond bleu, comme tout retourne au centre. ... Un fond indigo !
Et Mister "E" d'acquiescer, puis d'entonner le "Mood indigo" de Duke Ellington.
Scène magique s'il en est, où un quinqua psychopathe aveugle en pardessus, perdu au fond du temps et de l'univers se laisse aller à un petit blues vocal sous une pluie fine d'étoile pouvant évoquer "Singin' in the rain"; avant de définitivement péter les plombs, 10 pages plus loin en utilisant son pieu ensanglanté contre le garçon.
Tout le talent de Neil Gaiman réuni en une seule scène et magnifié par le dessin superbe de Paul Johnson.
Magique, et terrible !
01 juin 2009
Réflexions sur les 63 ans de Blake & Mortimer,
et les bonnes raisons de traiter le Secret de l'Espadon comme le chef-d'oeuvre qu'il est.
Série : Blake & Mortimer
L'auteur : Edgar Pierre Jacobs
l'Editeur : Lombard, puis Dargaud, puis éd. Blake & Mortimer
La date : 1946...
Le contexte :
Une menace moderne ?
Le Secret de l'espadon est l'occasion pour Edgar Pierre Jacobs, collaborateur d'Hergé au journal Tintin de présenter, de 1946 à 1950 les aventures de deux nouveaux héros : Blake et Mortimer.
Parus dés le premier numéro du journal Tintin belge en Septembre 1946 , (et en 1948 en France) cette histoire de « rétro-anticipation » mettant en scène les soubresauts de la civilisation face aux « jaunes » de Basam Damdu, empereur despotique du Tibet souhaitant envahir le monde aurait de quoi surprendre aujourd'hui. Ce racisme non feint étant quelque peu exagéré. (voir les planches originales parues dans Tintin sur Bellier.org)
Replacée néanmoins dans le contexte de la directe après guerre mondiale, cette lutte des anglais contre l'envahisseur est pourtant bien compréhensible et rappelle d'ailleurs avec peu de détour les souffrances récentes endurées par l'Europe face aux armées du 3eme Reich.
L'aspect « rétro » étant donc expliqué, il reste l'anticipation, que les plans de l'engin du professeur Mortimer et la base secrète anglaise ultra sophistiquée suffiront à justifier. (voir l'interview de Jacobs à ce sujet)
Il se détache toutefois de l'album un autre aspect aujourd'hui d'avantage compréhensible, mais moins évident pour le jeune lecteur de l'époque, et c'est celui de l'invasion du Tibet par les troupes chinoises (1950) que l'actualité de ses dernières années (manifestations lors des JO de Pekin entre autres) ont rendu encore plus perceptibles à chacun. Les essais nucléaires lancés ces dernières semaines par la Corée du Nord et l'Iran étant d'autres exemples étonnant d'une menace similaire.
...Etrange comme d'un coup, le dictateur asiatique de l'époque en devient d'autant plus « réaliste ».
Un travail de longue haleine
Passé cette thématique guerrière et politique, on remarquera la longueur inhabituelle du récit. Publié dans deux albums à l'époque, chacun de 64 et 84 pages respectivement, on atteint donc une aventure couvrant 148 pages, fait particulièrement remarquable pour un seul récit en bande dessinée, à l'époque comme aujourd'hui d'ailleurs.
Connaissant de plus l'habitude des nombreux dialogues et texte off de l' auteur chargeant les pages, on peut reconnaître qu'on a à faire là à une « somme ».
D'autre part, mettant de côté le travail graphique important qu'Edgar Pierre Jacobs a du accomplir, on pourra s'attarder sur la densité du scénario, ses nombreux rebondissements, ainsi que les détails émaillant l'aventure, qui sont autant d'éléments, qui, replacés aujourd'hui dans un contexte différent (la reprise de la série par d'autres auteurs et le succès qu'on leur connaît) imposent encore d'avantage ce diptyque comme une référence incontournable du 9eme art.
Un livre peu engageant ?
A première vue, pour un néophyte, ou en tous cas un lecteur lambda qui découvrirait le « Secret de l'espadon » aujourd'hui sous sa forme « originale », celui-ci aurait tendance à faire mouvement arrière. En effet, et là, on différenciera les éditions (*), l'approche est assez aride.
Dessins « plats », couleurs fadasses, lettrage dactylographique en lettre capitale d'imprimerie, héros anciens (quadragénaires), expressions anglophiles datés, l'aspect a de quoi rebuter.
Si l'on fait cependant l'effort de se plonger dans la première planche, la magie opère instantanément.
(*) Ces deux albums Lombard ont été remaniés, (scindés en trois albums distincts plus grand format), recolorisés, et leur lettrage refait pour les moderniser aux yeux des lecteurs modernes en 1984 aux éditions Blake & Mortimer.
© ed.Blake & Mortimer/Jacobs
Des personnages ambivalents
C'est dans cet épisode qu'on a le plaisir de découvrir pour la première fois le colonel Olrik, chef du 13eme bureau et conseiller militaire de l'usurpateur. Un européen au service des « jaunes »... dont on aura l'occasion de découvrir (déjà) l'ambivalence au cours du récit. Ambivalence qui sera l'un des points forts des traits de caractère de ce personnage et qui servira bien sûr dans les albums futurs. (Cf. case ci-dessus, où l'un se fait passer déjà passer pour un autre... in page 40 du tome 2 "Lombard")
Ce n'est d'ailleurs pas l'un des moindres atouts scénaristique de cette longue aventure, qui aura le mérite de nous proposer sont lot de personnages très réalistes subissants divers retours de fortune.
Le plaisir que le lecteur d'aujourd'hui éprouve en lisant ce début de série après avoir dévoré (sans doute) les albums plus récents et plus engageants n'est pas étrange au sérieux qu'ont mis Edgar Pierre Jacobs et ses héritiers scénaristes à peaufiner et surtout à bien caler cet aspect précis des choses.
Des décors à profusion
La diversité des décors de cette aventure en font ensuite un des aspect essentiel de sa réussite et de son charme :
Neiges éternelles du Tibet, combats aériens, désert arabe, plateaux rocheux, grottes, marécages, pyramides, villages autochtones, marche sous-marine, et pour finir base secrète sous-terraine incroyable : l'auteur s'est donné les moyens de son ambition d'Aventure.
Et un minutage au cordeau !
Pas une minute de répit, pas d'ennui. Malgré certaines cases de dialogues surchargées (qui font aussi la marque Jacobsienne), les scènes s'enchaînent à une telle vitesse, et le contexte de guerre est d'un tel réalisme que l'on est pris dans l'action avec les personnage, au point de vouloir rentrer dans les cases pour évoluer avec eux. C'est d'ailleurs ce qui fait que les images restent vives à l'esprit même une fois les albums refermés. ... On y était !
Olrik ? inédit from : Blake Jabos & Mortimer
Espadon/Gondwana : même combat !?
A postériori, et en se permettant une comparaison aujourd'hui entre le dernier Blake & Mortimer en date : « Le sanctuaire du Gondwana » et ce « Secret de l'espadon », on est frappé par le phénomène de boucle ou de miroir que ces deux récits évoquent.
...60 ans les séparent, les auteurs et dessinateurs sont différents, mais on a affaire à deux diptyques se répondant.(2)
En effet, le coup de maître de Yve Sente d'opposer les deux ennemis de toujours (Le professeur Mortimer et le colonel Olrik) face à un machiavélique changement d'identité pouvant apparaître comme un anneau de Moëbius sur lequel la série aurait évoluée depuis les origines.
Sous cet angle là, (et seulement) on reconnaîtra à ces deux albums contemporains le même charme que leur « aïeul ». Il fallait en effet oser l'idée de ce sarcophage abracadabrant, mais... tellement envoutant. N'oublions pas que ces séries classiques s'adressaient à l'époque aux enfants à partir de huit ans, et que l'on ne demande pas non plus, même si les choses ont sensiblement changées, à des adultes aujourd'hui de vérifier le sérieux d'une bande dessinée « classique » de ce type. (...)
2 – On s'intéressera ici au second tome du « Sarcophage du 6eme continent », et au « Sanctuaire », puisque ce sont dans ces deux volumes qu'est abordé l'inversion des personnages.
Ce qui nous fera dire en conclusion, que oui, lorsque les équipes sont réunies et que la témérité d'un scénario courageux et ambitieux l'est aussi, les chefs-d'oeuvre peuvent se répondre, même à plus d'un demi-siècle de distance. Et ça, ce n'est pas de la science-fiction !
(Ce qui n'est pas le cas de toutes les séries, même pour certaines qui ont plus ou moins gagnées leur galons auprès de l'éducation nationale, cf. la note du blog d'hectorvadair)
Ps : cette note mériterait d'être développée, mais l'idée de base était seulement, à partir d'une lecture rapprochée dans le temps des extrémités de la série, et d'un sentiment fort éprouvé à leur lecture d'essayer de tenter d'établir un lien entre les dernières aventures de nos deux héros et la toute première. Merci de vos commentaires avertis.
Pour aller plus loin :
La Marque jaune : le site des amis de B & M et de Jacobs
L'autre blog des fans de Jacobs, avec de nombreux documents rares !
Le site des éditions Blake et Mortimer, avec des interviews des auteurs.
Le site de Jean-Luc Martin, avec des extraits d'interview de Jacobs
Le site officiel d'Edgar Pierre Jacobs







