Une case en moins

"La Bande dessinée n'est pas un art mineur, mais un média intelligent."

08 août 2009

Alvaro, le neveu orphelin d'Oliveira

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Titre  :  Tintin au pays de l'or noir

L'auteur : Hergé 

l'Editeur : Casterman 

La date : 1969

La page/la case :  p. 44 , cases 8/9

Le contexte :

"Quoi, un "Tintin" dans "1 case en moins" ?  Facile ! déjà-vu !!..." Puis-je déjà entendre.
Et pourtant... oui pourtant, combien de blogs consacrent une note entière à un seul album de Tintin et combien à cet album en particulier, pas un des plus populaire de surcroit, à l'inverse d'autres titres comme Tintin en Amérique, L'île noire, le Temple du soleil, le Lotus bleu, le Crabe au pinces d'or, On a marché sur la lune...par exemple.

"Au pays de l'or noir", les amateurs le savent bien est un album qui s'est fait en deux temps a et a vécu une drôle d'aventure. Ce récit politique basé sur la guerre et la crise pétrolière n'est pas ce qu'on peut appeler un album jeunesse à proprement parler. Dans toute la bibliothèque tintinophile il fait en effet partie, à l'image de "Coke en stock" ou des "Picaros" de ces albums matures abordant des sujets délicats tels la politique internationale, les économies parallèles, les conflits armés, le racisme, la contrebande, l'esclavagisme, la torture, les exécutions...etc., ce qui le place dans une catégorie un peu "à part".

Commencé le 25 Septembre 1939, l'album venait après le Sceptre d'Ottokar et le capitaine Haddock n'existait pas encore. Interrompu dans le journal le Petit vingtième le 8 Mai 1940 (alors que les troupes allemandes entraient en Belgique), au moment de l'épisode où le docteur Müller se rase dans le désert, ce récit restera 4 années en suspens.
Le temps pour d'autres histoires de germer et de paraître durant ce laps, Hergé ayant été appelé aussi à d'autres responsabilités, diriger par exemple le tout nouveau journal dédié à son héros. C'est donc dans le journal Tintin que l'histoire reprend, ré-adaptée, puisqu'entre temps sont apparus de nouveaux personnages dont le capitaine Haddock. Ce qui  explique sont apparition introductive éclaire en début de récit, pour annoncer son engagement militaire, validant son absence de l'album, mais aussi son incapacité en fin d'album à dire ce qu'il a vécu . (...)
On se reportera utilement aux articles de Benoit Peeters , (par exemple dans le volume 7 de "l'intégrale Hergé" des éditions Rombaldi, 1985, ou dans son "Monde d'Hergé", 2004 pour la dernière édition), ou à la page 68 de Hergé et Tintin reporters de Philippe Goddin, 1986) pour plus d'infos sur ces évènements et le tour de passe passe hergéen.Figaro266

Ps du 31/10/09 : Comment ne pas citer aussi le n°266 du Figaro Magazine du 26 Juin 2004, et le dossier "Tintin : l'histoire secrète d'un album explosif". (voir commentaires pour les détails.)

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La case qui nous intéresse se situe page 44, à un moment clé du récit, (parmi d'autres.) Néanmoins, celle-ci est  particulièrement intéressante.

Tintin est en effet obligé de se grimer afin d'essayer de s'introduire dans la propriété du docteur Müller.
Déjà, ce déguisement (un des rares avec celui très réussi de l'"Affaire Tournesol") donne un cachet particulier à l'album.

Ensuite, notre héros est aidé par son vieil ami De Oliveira qu'il avait rencontré dans les "Cigares du pharaon".
De quelle manière ?

Et bien c'est là que la scène se joue et que la lecture est succulente :
De Oliveira présente Tintin  aux gardes de la citadelle comme son pauvre petit neveu Alvaro et se met à leur raconter une tonne d'histoires à dormir debout, mettant en scène une pseudo biographie familiale dramatique allant crescendo.

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Pendant ce temps Tintin/Alvaro s'éclipse (De Oliveira pris par son jeu et spécialiste dans le genre continuant à captiver son auditoire).

C'est un must qui se déroule ici en très peu de cases finalement , mais lorsqu'on y repense : quel talent !

En même temps qu'un suspens bien dosé (notre héros va t-il arriver à échapper aux gardes, à lancer son grappin sur la terrasse entre-ouverte ?), l'auteur nous offre un joyaux d'humour et de parodie en se servant d'un des trait de caractère supposé des marchands portugais, (Une case revient d'ailleurs sur Oliveira et le groupe toujours cloué à ses lèvres, certains étant même arrivés aux larmes : jouissif ), et l'attrait de la plupart des gens pour les histoires dramatiques fussent-elles complètement inventées... tout en continuant à doser et à augmenter son suspens en y rajoutant le détail de l'éternuement mystérieux et généralisé qui risque de faire repérer Tintin.

... On est en plein mixe de film noir et de gag !

... Si l'on ajoute à tout cela le décor superbe d'une citadelle perchée sur un promontoire dominant le golfe persique (à moins que ce ne soit un lac ?, suggéré sur une image lors de la descente de Oliveira de la citadelle), et celui de jardins et de souterrains mystérieux... on obtient là l'une des plus belles scènes de bande dessinée classique, ... qu'il eut été dommage avouez-le de ne pas (re)metttre en exergue.

Toutes les images : © Moulinsart SA/Casterman/Hergé

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05 août 2009

Singing under the stars (a space mood indigo)

Où l'on revient, après une petite récréation Jacobsienne un peu "hors-sujet", à l'objet initial de ce blog, à savoir extraire une case particulièrement remarquable d'une bande dessinée, afin de mettre en exergue ses qualités intrinsèques ainsi que celles de son support.moodindigomisterE

Aujourd'hui :

Titre  :  The Books of magic

Les auteurs : Neil Gaiman (scénario) et Paul Johnson (dessin) 

l'Editeur : DC comics/Vertigo 

La date : 1990 -1991

La page/la case :  p.168 (approx.), case 1+

Le contexte :

 Nb : On se reportera utilement avant lecture de cette note à l'essai complet de ce roman graphique publié récemment sur le blog d'hectorvadair.

... Thimothy et Mister "E" sont à la fin des temps et "flottent" dans le néant lorsque le quinquagénaire aveugle demande au jeune garçon ce qu'il voit. Celui-ci répond : "Je ne sais pas, cela est si étrange...

Tout dans l'espace vient à notre rencontre. Toutes les étoiles tombent. Toutes les lumières s'éteignent. Et c'est une étrange sorte de couleur".

- " Quelle couleur, dis-moi ?"

"Um, c'est une sorte de violet-bleu. Quelque soit la couleur à la fin de la fin du spectre. ... Indigo !? (...) "

Mister "E" explique alors qu'à l'inverse de notre temps qui possède un fond rouge (?), comme les étoiles et les galaxies s'éloignent de nous dans un univers en expansion, ici, l'univers touche à sa fin et ce que Thimothy peut voir est un fond bleu, comme tout retourne au centre. ... Un fond indigo !

Et Mister "E" d'acquiescer, puis d'entonner le "Mood indigo" de Duke Ellington.

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Scène magique s'il en est, où un quinqua psychopathe aveugle en pardessus, perdu au fond du temps et de l'univers se laisse aller à un petit blues vocal sous une pluie fine d'étoile pouvant évoquer "Singin' in the rain"; avant de définitivement péter les plombs, 10 pages plus loin en utilisant son pieu ensanglanté contre le garçon.

Tout le talent de Neil Gaiman réuni en une seule scène et magnifié par le dessin superbe de Paul Johnson.

Magique, et terrible !

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01 juin 2009

Réflexions sur les 63 ans de Blake & Mortimer,

et les bonnes raisons de traiter le Secret de l'Espadon comme le chef-d'oeuvre qu'il est.secret2

Série  :  Blake & Mortimer

L'auteur : Edgar Pierre Jacobs

l'Editeur : Lombard, puis Dargaud, puis éd. Blake & Mortimer

La date : 1946...

Le contexte :

Une menace moderne ?

Le Secret de l'espadon est l'occasion pour Edgar Pierre Jacobs, collaborateur d'Hergé au journal Tintin de présenter, de 1946 à 1950  les aventures de deux nouveaux héros : Blake et Mortimer.
Parus dés le premier numéro du journal Tintin belge en Septembre 1946 , (et en 1948 en France) cette histoire de « rétro-anticipation » mettant en scène les soubresauts de la civilisation face aux « jaunes » de Basam Damdu, empereur despotique du Tibet souhaitant envahir le monde aurait de quoi surprendre aujourd'hui. Ce racisme non feint étant quelque peu exagéré. (voir les planches originales parues dans Tintin sur Bellier.org)

Replacée néanmoins dans le contexte de la directe après guerre mondiale, cette lutte des anglais contre l'envahisseur est pourtant bien compréhensible et rappelle d'ailleurs avec peu de détour les souffrances récentes endurées par l'Europe face aux armées du 3eme Reich.
L'aspect « rétro » étant donc expliqué, il reste l'anticipation, que les plans de l'engin du professeur Mortimer et la base secrète anglaise ultra sophistiquée suffiront à justifier. (voir l'interview de Jacobs à ce sujet)

Il se détache toutefois de l'album un autre aspect aujourd'hui d'avantage compréhensible, mais moins évident pour le jeune lecteur de l'époque, et c'est celui de l'invasion du Tibet par les troupes chinoises (1950) que l'actualité de ses dernières années (manifestations lors des JO de Pekin entre autres) ont rendu encore plus perceptibles à chacun.  Les essais nucléaires lancés ces dernières semaines par la Corée du Nord et l'Iran étant d'autres exemples étonnant d'une menace similaire.
...Etrange comme d'un coup, le dictateur asiatique de l'époque en devient d'autant plus « réaliste ».

Un travail de longue haleine

Passé cette thématique guerrière et politique, on remarquera la longueur inhabituelle du récit. Publié dans deux albums à l'époque, chacun de 64 et 84 pages respectivement, on atteint donc une aventure couvrant 148 pages, fait particulièrement remarquable pour un seul récit en bande dessinée, à l'époque comme aujourd'hui d'ailleurs.
Connaissant de plus l'habitude des nombreux dialogues et texte off de l' auteur chargeant les pages, on peut reconnaître qu'on a à faire là à une « somme ».

D'autre part, mettant de côté le travail graphique important qu'Edgar Pierre Jacobs a du accomplir, on pourra s'attarder sur la densité du scénario, ses nombreux rebondissements, ainsi que les détails émaillant l'aventure, qui sont autant d'éléments, qui, replacés aujourd'hui dans un contexte différent (la reprise de la série par d'autres auteurs et le succès qu'on leur connaît) imposent encore d'avantage ce diptyque comme une référence incontournable du 9eme art.

Un livre peu engageant ?

A première vue, pour un néophyte, ou en tous cas un lecteur lambda qui découvrirait le « Secret de l'espadon » aujourd'hui sous sa forme « originale », celui-ci aurait tendance à faire mouvement arrière. En effet, et là, on différenciera les éditions (*), l'approche est assez aride.
Dessins « plats », couleurs fadasses, lettrage dactylographique en lettre capitale d'imprimerie, héros anciens (quadragénaires), expressions anglophiles datés, l'aspect a de quoi rebuter.
Si l'on fait cependant l'effort de se plonger dans la première planche, la magie opère instantanément.

(*) Ces deux albums Lombard ont été remaniés, (scindés en trois albums distincts plus grand format), recolorisés, et leur lettrage refait pour les moderniser aux yeux des lecteurs modernes en 1984 aux éditions Blake & Mortimer.

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© ed.Blake  & Mortimer/Jacobs

Des personnages ambivalents

C'est dans cet épisode qu'on a le plaisir de découvrir pour la première fois le colonel Olrik, chef du 13eme bureau et conseiller militaire de l'usurpateur. Un européen au service des « jaunes »... dont on aura l'occasion de découvrir (déjà) l'ambivalence au cours du récit. Ambivalence qui sera l'un des points forts des traits de caractère de ce personnage et qui servira bien sûr dans les albums futurs. (Cf. case ci-dessus, où l'un se fait passer déjà passer pour un autre... in page 40 du tome 2 "Lombard")

Ce n'est d'ailleurs pas l'un des moindres atouts scénaristique de cette longue aventure, qui aura le mérite de nous proposer sont  lot de personnages très réalistes subissants divers retours de fortune.
Le plaisir que le lecteur d'aujourd'hui éprouve en lisant ce début de série après avoir dévoré (sans doute) les albums plus récents et plus engageants n'est pas étrange au sérieux qu'ont mis Edgar Pierre Jacobs et ses héritiers scénaristes à peaufiner et surtout à bien caler cet aspect précis des choses.

Des décors à profusion

La diversité des décors de cette aventure en font ensuite un des aspect essentiel de sa réussite et de son charme :
Neiges éternelles du Tibet, combats aériens, désert arabe, plateaux rocheux, grottes, marécages, pyramides, villages autochtones, marche sous-marine, et pour finir base secrète sous-terraine incroyable : l'auteur s'est donné les moyens de son ambition d'Aventure.

Et un minutage au cordeau !

Pas une minute de répit, pas d'ennui. Malgré certaines cases de dialogues surchargées (qui font aussi la marque Jacobsienne), les scènes s'enchaînent à une telle vitesse, et le contexte de guerre est d'un tel réalisme que l'on est pris dans l'action avec les personnage, au point de vouloir rentrer dans les cases pour évoluer avec eux. C'est d'ailleurs ce qui fait que les images restent vives à l'esprit même une fois les albums refermés.   ... On y était !

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Olrik ? inédit from : Blake Jabos & Mortimer

Espadon/Gondwana : même combat !?

A postériori, et en se permettant une comparaison aujourd'hui entre le dernier Blake & Mortimer en date : « Le sanctuaire du Gondwana » et ce « Secret de l'espadon », on est frappé par le phénomène de boucle ou de miroir que ces deux récits évoquent.
...60 ans les séparent, les auteurs et dessinateurs sont différents, mais on a affaire à deux diptyques se répondant.(2)
En effet, le coup de maître de Yve Sente d'opposer les deux ennemis de toujours (Le professeur Mortimer et le colonel Olrik) face à un machiavélique changement d'identité pouvant apparaître comme un anneau de Moëbius sur lequel la série aurait évoluée depuis les origines.
Sous cet angle là, (et seulement) on reconnaîtra à ces deux albums contemporains le même charme que leur « aïeul ». Il fallait en effet oser l'idée de ce sarcophage abracadabrant, mais... tellement envoutant. N'oublions pas que ces séries classiques s'adressaient à l'époque aux enfants à partir de huit ans, et que l'on ne demande pas non plus, même si les choses ont sensiblement changées, à des adultes aujourd'hui de vérifier le sérieux d'une bande dessinée « classique » de ce type. (...)

2 – On s'intéressera ici au second tome du « Sarcophage du 6eme continent », et au « Sanctuaire », puisque ce sont dans ces deux volumes qu'est abordé l'inversion des personnages.

Ce qui nous fera dire en conclusion, que oui, lorsque les équipes sont réunies et que la témérité d'un scénario courageux et ambitieux l'est aussi, les chefs-d'oeuvre peuvent se répondre, même à plus d'un demi-siècle de distance. Et ça, ce n'est pas de la science-fiction !

(Ce qui n'est pas le cas de toutes les séries, même pour certaines qui ont plus ou moins gagnées leur galons auprès de l'éducation nationale, cf. la note du blog d'hectorvadair)

Ps : cette note mériterait d'être développée, mais l'idée de base était seulement, à partir d'une lecture rapprochée dans le temps des extrémités de la série, et d'un sentiment fort éprouvé à leur lecture d'essayer de tenter d'établir un lien entre les dernières aventures de nos deux héros et la toute première. Merci de vos commentaires avertis.

Pour aller plus loin :

La Marque jaune : le site des amis de B & M et de Jacobs

L'autre blog des fans de Jacobs, avec de nombreux documents rares ! 

Le site des éditions Blake et Mortimer, avec des interviews des auteurs.

Le site de Jean-Luc Martin, avec des extraits d'interview de Jacobs

Le site officiel d'Edgar Pierre Jacobs

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09 mai 2009

Un Zopilote aux deux visages...

Série  :  Jerry Spring zopilote25___copie

 

L'auteur :  Jijé (dessin), sc : Philip (Philippe Gillain)

 

l'Editeur : Dupuis

 

La date : 1964

Case ci à droite : cases 2 et 3 de la planche 25

(Où l'humour et l'auto-dérision du héros ne sont pas les moindres attraits de ce récit)

Le contexte :

Bien que le western Jerry Spring nous offre à chaque album de bonnes aventures, avec leur lot de passages savoureux, on a du mal à retenir, en tous cas dans les premiers épisodes, des éléments spécifiques pour chacun d'eux; la série étant tout de même assez classique (dans le sens de bien pensante, ou "pépère") il faut le reconnaître.
Créée en effet en 1958 par Joseph Gillain (Jijé), on était en 1964 encore assez loin des scénarios que Jean Michel Charlier va fournir à Jean Giraud pour Blueberry quelques années plus tard. (Premier épisode de Fort navajo : 1965). Scénarios plus fouillés et d'avantage adultes dans le ton.

C'est pourquoi El Zopilote, et malgré une couverture qui ne l'annonce en rien (on dirait le nom et la prestation d'un chanteur mexicain) sort du lot par la teneur de son scénario et ses nombreux rebondissements.

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1er et 4eme de couverture des anciennes éditions.

Tout d'abord l'intrigue. Très rapidement installée, elle est assez étonnante :
Jerry est abordé par Jack Pontiac, un métis qui recherche son soit-disant frère Mike. Celui-ci offre une forte somme d'argent et des moyens considérables à Jerry et Pancho afin de le retrouver. Ce dernier a été d'après lui enlevé lors d'une "mission d'étude" par le chef de bande El Zopilote sur les contreforts du Pic Orizaba.

Bien que les deux amis ne fassent pas entièrement confiance à cet homme, ils décident, non sans s'être renseignés auparavant auprès d'un shériff de jouer le jeu.
Après s'être rendu chez un photographe, Jerry fait éditer et placarder des affiches de recherche au nom de son ami afin de s'en servir comme d'un appât pour rentrer dans la bande d'outlaws.
Pancho lui fait cependant un tour à sa façon en lui rendant la pareille... et tous deux se retrouvent chez El Zopilote comme complices.
Pour gagner sa confiance, ce dernier leur demande néanmoins de réaliser un braquage de banque.

...Ayant proposé à "Mike" (en fait John Wissler, bandit au grand coeur retenu prisonnier dans le camp) et Chico, un jeune mexicain intégré à la bande, de s'échapper ensemble, ils organisent une fiesta durant laquelle ils faussent compagnie aux desperados.

S'en suit alors une aventure dans l'aventure. Les deux groupes doivent se séparer au moment de retrouver Pontiac en bord de mer à Vera Cruz : Jerry et John prennent un bateau, bien obligé malgré eux à accepter les conditions de celui qui s'avère en fait être l'ex-complice de John. (Celui-ci détient en fait la moitié d'un plan indiquant la cachette d'un magot). Tandis que Pancho et Chico rentrent "à la maison". (cf. ci-dessous)

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Planche 42 originale (© Jijé/philip/Daniel Maghen)

Ce qui est admirable ici, c'est le changement brutal de décor et d'ambiance.

A l'image de ce que l'on a pu voir et ressentir dans le film "La vengeance aux deux visages" de Marlon Brando, bon western qui offre aussi des scènes de bord de mer (Monterey) : plus question de chevauchées, de plaines, de désert ou de montagnes;.. mais la mer, le large et des personnages embarqués sur un bateau, avec des look de pirates.
On ne sait plus à ce moment là si on est dans une aventure de Vallhardi ou toujours chez Jerry Spring.
Tout est remis en question.

Jusqu'à une tempête et un naufrage providentiels qui offrent un nouveau rebondissement. En quelques pages, Jijé et Philip nous embarquent avec eux encore plus loin : superbe scène de tempête, tons gris bleux du plus bel effet; Jerry prit dans les vagues avant de s'échouer sur le sable... On pourrait croire que Philip n'a fait que scénariser ce que son père souhaitait dessiner à ce moment là : des bateaux et la mer...

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page 45 complète

Perdus sur une côte dont ils ignorent d'abord le nom, Jerry et John errent alors dans des marais hostiles peuplés de caïmans (les Everglades de Floride.) Ils finissent même par être poursuivis par des... indiens Séminoles !  On aura tout vu.

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une case de la page 45

Le plus étonnant, c'est que cela se tient... et on remercie le scénariste à ce moment là (Philippe Gillain, un des fils de Joseph Gillain, dont la biographie sur le web ou ailleurs est quasi nulle soit dit en passant et qui a cependant écrit quelques bons scénarios chez Dupuis ou Pilote) de nous offrir l'occasion de découvrir cette tribu peu documentée en général et en bande dessinée en particulier.

La fin... je ne vous la raconte pas, mais sachez seulement que l'intrigue trouve un dénouement de qualité, ...ce qui fait de cet album un des plus réussis, et de Jijé et Philip les auteurs d'une excellente aventure, avec un grand "A", toutes catégories confondues.

Sans doute le meilleur album de cette série western classique.

La suite directe : "Pancho hos la loi" (on va retrouver en effet sur les trois prochains albums le personnage de Chico) propose une qualité presque identique.
Nous aurons l'occasion d'y revenir peut-être.

A voir : l'expo Jijé/Giraud au musée Jijé de Bruxelles.

Tous © : Dupuis/Jijé/Philip

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03 avril 2009

L'érotisme troublant de Forest et Gillon (Les Naufragés , 2)

maraSérie  :  Les Naufragés du temps

L'auteur : Jean-Claude Forest (sc), Paul Gillon (dessin)

l'Editeur : Hachette, (original) puis Humanoïdes associés

La date : 1975...

Case ci à droite : dernière page de l'édition originale du tome 2

Le contexte :

Revenons sur "Les Naufragés du temps" puisque l'aspect érotique de la série a été effleuré seulement dans la note précédente (et dans une autre mesure dans celle consacrée à Renart), mais le style suave des dessins de Gillon est tellement particulier qu'il mérite de s'y arrêter encore.

...Effleurements, corps nus dévoilés, peaux contre peaux, bouches offertes, scènes sado-maso... autant de cases mémorables.

Paul Gillon est un très bon dessinateur classique, apte à provoquer des sensations exaltées en quelques cases choisies, c'est un fait. Il a d'ailleurs créé une série purement érotique avec "La survivante", mêlant féminité charnelle et froideur robotique. (Albin Michel, 4 tomes de 1985 à 1991)
Mais son scénariste des débuts : Jean Claude Forest a l'esprit bien tordu et c'est lui qui, bien sûr, met en scène leurs personnages.
Drôles de relations en fait toutes en jalousie, en faux semblants.
(Cf. le bien nommé épisode "Labyrinthes" où le masque joue un bon moment à la fois un rôle érotique certain, mais aussi celui de l'ambivalence démoniaque. © Humanoides associés/Gillon)

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L'ambivalence monstrueuse aussi avec Quinine, la pulpeuse, la prostituée sublime mais dangereuse, mutante affublée d'une patte droite de rapace et qui n'hésite pas à griffer.
(case ci-dessous tirée de La Mort sinueuse © Humanoides associé/Gillon/Forest)

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Et puis Mara...la belle, l'amoureuse qui va jusqu'à se sacrifier...pour mieux ressusciter. (La Mort sinueuse)

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Image : Terrible scène de noyade presque insoutenable.(© Humanoides associé/Gillon/Forest)

Celle que Chris, désinvolte humain rescapé partage avec Quinine...
Celle qui s'est liée par le sang à son amant et qui devra faire appel à lui pour être une nouvelle fois sauvée.
Aaaah, Mara  et son corps abandonné sous une couverture toute en poils, plus qu'évocatrice. (Voir case en haut de page à droite)

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Belle scène vampirique et à forte charge érotique issue de L'étoile endormie (© Humanoides associés : Gillon/Forest)

Pour ceux qui avaient gentiment commenté la précédente note, il était question de la qualité et de la pertinence qu'auraient pu avoir aujourd'hui "Les Naufragés du temps" s'ils avaient encore existé.
On ne pourra malheureusement que se contenter des anciens épisodes, de très bonne facture.
Mais je conclurai (pour l'instant) sur cette série en vous incitant à vous replonger au moins dans les cinq premiers volumes* et à vous délecter de ces cases et cette ambiance sublimes.

* Note : La série a été rééditée superbement depuis Août 2008 dans une nouvelle maquette et une recolorisation de qualité, même si on pourra continuer à trouver un certain charme à l'édition originale des deux premiers tomes en bichromie de chez Hachette. (Voir liens ci-dessous)

Bibliographie :cbd36

- Schtroumpf CBD #36
- Monsieur  Gillon (Livret de 20 pages n/b format 31 x 23,5 cm  offert avec l'édition originale de l'album "La dernière des salles obscures tome 2, Aire libre Dupuis 1998)

A lire sur le web :

- Superbe rétrospective avec des documents rares sur BDZoom
- Un très bel article consacré à la nouvelle édition sur Auracan

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13 février 2009

Naufragés du temps

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Album :   L'univers cannibale

Série  :  Les Naufragés du temps tome 4

L'auteur : Jean-Claude Forest (sc), Paul Gillon (dessin)

l'Editeur : Hachette, (original) puis Humanoïdes associés

La date : 1976

La page :  35

La case : 1

Le contexte : Chris et ses amis Mara, Quinine, et Lisdal sont dans l'étrange  univers du LLOmbri , (Lombric) en fait un Ver gigantesque qui traverse deux univers.
Poursuivis par le Tapir, leur ennemi juré, ils se dirigent vers le Jardin d'automne, domaine de Rovni Leobart, botaniste de métier "naufragé" depuis deux ans dans ce jardin qu'il a créé, abandonné par son frère aux intention démesurées et qui s'est allié avec le Tapir (...)

A cet instant, Mara répond à une réflexion de leur guide, en faisant allusion à une cosmonaute nommée Barbarella, ou plutôt... Marinella qui aurait déjà remarqué les particularités de ce genre de plantes quelques années auparavant (...)

C'est évidemment à Barbarella que Jean-Claude Forest, scénariste, fait allusion, plutôt qu'à une Marinella qui évoquera d'avantage Tino Rossi. Une façon de se rendre à la fois lui-même hommage, via un clin d'oeil à sa série "vedette" qui l'a fait connaître 10 ans plus tôt, (premier Barbarella, en 1966), tout en restant humble, car en faisant douter son personnage.
Une sorte de mise en abîmes en quelque sorte, comme on les aime, et assez courantes finalement en bande dessinée.

Ce qui offre d'avantage de piment à celle-ci réside dans le constat que JC Forest est le père de deux des plus grandes séries de SF des décennies  60 à 80, rien de moins.
Les Naufragés du temps ont en effet paru en album pour le premier tome dés 1974, (chez Hachette) et jusqu'en 1989 pour le dixième. C'est l'une des séries de science-fiction (et d'anticipation comme on aime à appeler ce genre un peu daté 70's) les plus intéressantes à mon avis, et elle figure parmi les must-have de toute collection BD digne de ce nom.
Son étrangeté , ses couleurs, à la fois vives mais belles et le ton quelque peu onirique des ses histoires pourront d'ailleurs la rapprocher  d'une autre série tout aussi ancienne et d'intérêt : le Vagabond des limbes, qui elle, continue cependant à paraître.

quinine...Une oeuvre rendue en tous cas séduisante par le savant mélange des superbes cases toute en rondeur de Paul Gillon, (Aaah Quinine, et sa combinaison ajourée par la pluie acide, ...sans parler de son animalité mutante...) et les scénarios intrigants, poétiques (et érotiques ) de JC Forest (pour les 4 premiers tomes seulement.)

Un classique à (re) découvrir sans plus attendre.

Ci dessus à gauche, une scène féminine typiquement Forestienne.

(© Gillon:Forest/Humanoides associés)

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19 janvier 2009

PRINCE VALIANT : de la différence singulière entre les versions noir et couleur ...

slatkpvmeret à propos des écarts scénaristiques déroutant d’Harold Foster.

L'auteur : Harold Foster

les éditeurs : Slatkine, Zenda

Les dates : 1940-41

Les épisodes :  été 1941 et Mars 43

L’héritage artistique

Si l’on considère seulement l’aspect bibliophilique de la chose, on remarquera en priorité les 3 volumes noir et blanc de Prince Valiant édités par les éditions Serg de 1973 à 1977. Première vraie belle expérience, avec un format intéressant, un papier de qualité, mais des aventures néanmoins incomplètes. Slatkine prend ensuite la rélève en 1980 (sur la maquette de Serg) et publie 6 tomes à son tour, de bonne facture. Le papier est plus épais, sa teinte légèrement jaunie, mais l’impression est bonne et les textes de qualité. Mais là aussi, la série s’arrête aux années 51.
Puis Futuropolis s’y met à son tour, de 1986 à 89 avec 5 tomes plutôt réussis, toujours en noir et blanc, mais avec jaquette, et allant jusqu’en 1948.
Arrivent alors les nouvelles éditions Zenda, qui de 1988 à 1997 se lancent dans la réédition  de ce classique,  dans le désordre, mais en intégralité. (Episodes de 1937 à 1971) et en couleur. Dans la nouvelle maquette, le format change ainsi que la traduction.

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De prime abord, en disposant face à face quelques case de ces deux versions, (voir la même planche en noir plus haut) on peut déjà facilement reconnaître l’avantage esthétique et narratif du noir et blanc sur la couleur. En effet la colorisation d’époque n’est pas spécialement adaptée aux canons des années 90 et l’avantage qu’une bande en couleur offre habituellement aux plus jeunes lecteurs est ici diminué. Là ou les cases noir et blanc nous offrent chez Serg et Slatkine un rendu superbe du travail graphique de Foster, ces cases colorées sont presque un supplice pour les yeux de l’amateur, embuant le dessin derrière des coloris délavés.

Ensuite, la nouvelle traduction, en comparaison, diffère de façon notable.  Les textes sont retapés, revus et le ton change. Ceci a pour effet, pour qui connaît la version précédente de laisser un sentiment confus d’inadapté.  La  poésie inhérente au texte off change de rythme, de musicalité...
A contrario, on peut, à décharge de cette édition Zenda, (traduction de Stéphane Salvetti pour ces épisodes 1941-43) remarquer les erreurs d’inattention de la version noir et blanc de Slatkine, (traduction Michèle Tingaud et Edouard François) comme par exemple lorsque dans la version originale alors que Valiant est en prise avec une pieuvre géante dans une fosse où il a été jeté, il s’apprête à s’accrocher à un anneau providentiel afin de s’échapper. L’épisode de la semaine à venir est annoncé “Next week : the Ring” (l’anneau”). Et la traduction Slatkine nous donne : “La semaine prochaine : the King” (Le roi).

Comment une erreur aussi grossière peut-elle être passée ?

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Certains argueront que cela est le cas de nombreux texte re-traduits. Sans doute. Mais cette tentative un peu vaine de faire mieux  nécessitait quelques éclaircissements. On la saluera cependant en conclusion puisque c’est la seule à nous proposer l’intégralité des aventures. Un des hauts faits des petites éditions Zenda et de Doug Headline.

 

Un épisode étrange (parmi des scènes étonnantes.)
Lorsqu’on laisse Prince Valiant fin 1940 se faire dépossédé de son arme magique par le pirate Angor Wrack, jusque là ses aventures avaient heureusement oscilés entre batailles quasi documentaires contre les Huns et  épisodes fantastiques. A ce sujet celui du tourbillon de Tembelaine figure parmi les meilleurs passages de cette année ci.
A partir de l’été 1941 les épisodes de Prince Valiant prennent néanmoins un ton nettement différent. En effet, dés le 20/07/1941, Harold Foster nous conte la mise en esclavage de son héros. Si la découverte de l’humilité pour ce prince au sang chaud est un moment intéressant dans la saga, la façon étrange que ce dernier a de duper et d’humilier la princesse arabe qui le retient prisonnier et qui l’a fait fouetter, laisse une impression amère. On retrouvera ce genre de scène un peu plus tard, lorsque Val afin de se venger d’un faux moine, (mais vrai brigand) qui a tenté de l’esgourdir en le poignardant violemment dans le dos (mais il avait sa côte de maille), prend l’initiative de pendre celui-ci  sans autre forme de procès. (Planche du 28/03/1943)
Pour l’époque nous explique le texte, cela est normal : “A notre époque, la conduite de Val semble un peu impétueuse, mais il ne vit pas à notre époque. Il a fait ce qu’il devait faire. Sans délai et sans hésitation” (...)
Mais le sourire du héros qui se cure les ongles tout en poussant son cheval qui retient le moine à la corde a du mal à faire passer l’aspect brutal de la situation, même si la scène de sa propre infortune était aussi violente.

L’épisode du mage, (été 1940) suivant la sortie d’esclavage de Val est aussi particulièrement notable, puisque très étrange. L’auteur nous impose en effet durant 6 planches une histoire ahurissante.
...Alors que Val chevauche dans les montagnes il croise une scène de panique dans un défilé, où d’étranges silhouettes maléfiques mettent en fuite de paisibles marchands. On lui explique que ces âniers “serviteurs” viennent chercher des provisions pour un mage habitant plus loin dans un châteaux isolé de tous. N’écoutant que sa curiosité, notre héros s’y rend.

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Là il tombe sur une forteresse inaccueillante, dans laquelle il entre néanmoins, ne craignant pas les pâles figures qui l’escortent. Il est accueilli par une scène de ménage entre le sorcier et sa dame, une ravissante jeune femme.

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Des scènes conjugales surprenantes (pour un socier) au mileu d'un récit d'aventure !

Pour résumer, le sorcier ourdi un plan machiavélique pour éloigner Prince Valiant en compagnie de sa dame. Le sorcier prétextant finalement une tromperie de cette dernière, celle-ci ne peut rester au châteaux après son écart, et il enjoint le nouveau “couple” de partir très loin. Prince Valiant n’écoutant que son devoir de chevalier, emmène la dame... Mais le mage resté seul s’empêtre dans ses affaires en désordre, n’a rien à manger le soir... et s’ennuie. Il regrette assez vite la présence d’une femme, et emploi ses pouvoirs pour la faire revenir dans un orage qu’il a appelé de ses sortilèges, l’enlevant au sens propre des côtés de Val. (...?)

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On se demande ici ce que Foster a bien voulu nous apporter ou nous (dé)montrer. Cela participe à l’étrangeté des scénarios de de la série ainsi qu’à son charisme, au delà de l’aspect purement graphique. A t-il introduit dans un moment de déprime une scène propre à sa vie conjugale ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Toujours est il que l'aspect humoristique de la chose, intégrée au beau milieu d'un épisode fantastique n'aura échappé à personne.
Foster nous interpelle au final de différentes manières :  avec du reportage historique illustré, des aventures haletantes, mais aussi grâce à un ton résolument personnel, sans tabous, et souvent avec un humour grinçant qui lui appartient en propre.

Tout l’intérêt de cette série finalement, où tout peut arriver, au détour d’une page.

ps : On se reportera aussi aux préfaces de Pierre Couperie, (éditions Slatkine) qui aborde dans un texte plus long ces particularités de Foster.

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01 janvier 2009

Georges, un Bernet inspiré !

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Récit :  "Va te coucher Georges"
in Ere comprimée revue n°35

Série  :  one shot

L'auteur : Jordi Bernet

l'Editeur : Campus

La date : 1986

La page :  21 de la revue

La case : 6

Le contexte :
Dans un décor paradisiaque, des hommes et des femmes se promènent paisiblement. Carole et Georges, couple de beaux adultes : elle grande, blonde, lui racé, brun sont différents. Elle est désinvolte, joyeuse, tandis qu'il est inquiet, angoissé, sans savoir vraiment pourquoi. 
Il s'isole alors, s'endort, et refait le cauchemar qui le hante depuis de nombreuses nuits déjà : Une caverne, des soupirs, des cris d'agonie...
A son réveil tout est pourtant normal... trop ?   Il passe alors devant la caverne de son rêve dont il n'avait jamais remarqué l'entrée. Carole ne peut néanmoins pas comprendre ses interrogations, alors il s'isole à nouveau, mais dans la grotte à présent, et attend la nuit.    Là, il va s'éveiller au milieu de cadavres...

Ce récit de science-fiction de 11 pages inédit (en album en France) est un des plus remarquable de l'auteur. Dans un style épuré (qu'on pourra d'ailleurs rapprocher de son compatriote José Ortiz), mélant en terme d'ambiances ce qu'il a déjà pu nous proposer dans son superbe "Retour", sinon Andrax, ou bien Sarvane, Bernet éllabore une intrique classique du fantastique. Son personnage principal vit une chose complètement étrange dans un monde apparemment normal.
Sont ici néanmoins abordés de nombreux thèmes forts dont : la catastrophe nucléaire, le pardis terrestre, la souffrance, physique comme morale, mais aussi ceux de l'oubli et de (par ?) la drogue.
georgesbernet
Lorsque le docteur Leroy, momie vivante, en fait un des derniers survivant de l'apocalypse montre du haut du promontoire la réalité à Georges (superbe case saturée en complet contraste avec celles plus aérées du reste du récit), il y a longtemps que l'espoir n'existe plus.
Alors, ne reste plus qu'une solution : se refaire une piqure afin d'oublier à nouveau, avant la délivrance ultime...
Et comme au début : "La plaine vivante et verdoyante semble s'agiter sous la brise qui souffle doucement comme une caresse... Et au dessus, un chaud soleil dans un ciel bleu, incroyabement bleu."

Un Bernet très inspiré. ("Pour une fois" dirons les mauvaises langues ?) Il ne serait d'ailleurs pas étonnant d'apprendre l'origine d'un scénariste ou au moins d'un auteur adapté sur ce récit. A vos recherches !

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30 décembre 2008

Hibou y-es tu ? ou le Renart lubrique de Forest

renarthibou___copieL'album : "Le Roman de Renart" (d'après le titre de sa prépublication)

Série :  30/40

Les auteurs : Forest/Cabanes

l'Editeur : Futuropolis

La date : Mai 1985

La page :  9

La case : 5

Le contexte :
Renart a repéré trois cochons farcis pendus sous le toit de son "cousin" Ysengrin. Ce dernier ne se méfie guère et le soir venu, alors qu'il s'apprête à "polir" Hersandre, sa louve, Goupil, déguisé en hibou s'infiltre par la cheminée naturelle de la charpente afin de s'emparer des jambonneaux...

Dans ce superbe 30/40 consacré à Forest et Cabanes, (il n'y a jamais de titre à ces grands albums, sauf ceux des auteurs mis en valeur), le premier a concocté avec ces 5 histoires (plus une si l'on compte l'introduction) une adaptation très salace du Roman de Renart. ("Adapté avec moult libertés et distances" comme écrit en première page.) Ici se côtoient humour, langage moyen-âgeux (adapté) et luxure.

En effet Forest se régale des double sens et lorsque Renart lance à Ysengrin : "Ne craignez-vous point l'envie du pèlerin ? A les voir à l'envers, moult agacements vous prend à la gueule et l'oeil s'enlaroie de salive ?", on n'imagine pas encore le clin-d'oeil sexuel que celui-ci peut y voir. Mais quant à la fin de l'histoire, après avoir apprécié les charmes généreux d'Hersandre sous toutes ses coutures, et partant avec elle la main aux fesses, on lit de la bouche du même : "Mais permettez mon oncle : qu'on aime les grosses farcies et qu'on se les tienne au frais , il n'y a pas de honte !... Mais gardez-vous d'oublier la plus belle sur le buffet, car moult coquins ont l'oeil fissa et l'agrafeuse hors du gant !", on sait que le ton est donné.hersandre

Cabanes n'est pas en reste et nous ravi de cases magnifiques, (comme celle ici choisie, tout en perspective de contre plongée,...il fallait oser), si bellement hachurées qu'elles nous rappellent celles d'un autre dessinateur : Bernie Wrightson. Et quand à chaque début de conte un personnage en redingote et haut de forme introduit le récit... on est pas loin du Gardien de la crypte, personnage que Wrightson, maître du macabre a très souvent dessiné dans ses récits pour la Warren. Le format 30/40 de Futuropolis les ayant de plus réunis, on se dit que l'un a sûrement du influencer l'autre...presentrenart

Un album en tous cas exceptionnel, dont le grand format rend superbement hommage aux qualités graphiques. (Mais très rare et cher.)

Il fut néamoins prépublié dés le n° 1 de la revue "A suivre", jusqu'au n°8 (en 1978 !!) Ce qui laisse un tant soit peu de chance de lire ces historiettes coquines. (Trop coquines pour une réédition ?)

Les histoires de ce "recueil" : Les origines, Les dindes farcies, Chanteclair, Les anguilles, La pêche, Le cocu suivi directement par Le jugement. (titres personnels)

Merci à P. Fauche pour m'avoir prêté son album.

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28 décembre 2008

L'épée chantante de Val

epeechantanteL'album : Prince Valiant vol 1

Série :  Prince Valiant

L'auteur : Harold Foster

l'Editeur : Slatkine

La date : 1980

La page :  71 du 19 Juin 1938

La case : 7

Le contexte :
Prince Valiant, prince de Thulé, contraint de chevaucher auprès de son rival en amour le prince Arn de Ord, se retrouve malgré lui à poursuivre une bande de pillards vikings qui a enlevé leur amour commun : Ilène de Bandwyn.
Arrivés sur un pont stratégique où ils doivent rejoindre cette bande, ils tombent sur deux partis vikings forts en nombre qui leur barrent l'accès.
Ils réussissent une première charge éperdue qui leur permet de passer le pont en direction de la mer et du drakkar qui doit emmener Ilène, mais le cheval de Val est blessé à mort et et ce dernier décide de rester pour assurer la mission de son ami.
A cette fin, celui-ci lui remet son épée magique, épée "chantante" forgée par le même artisan qui a conçu Excalibur. Valiant affronte alors les sauvages...

Cette case est sans doute l'une des plus connue de ce classique de l'âge d'or de la bande dessinée d'aventure, créé en 1937 par Harold Foster, illustrateur canadien renommé depuis 1929 pour son superbe travail graphique de l'adaptation de Tarzan en livre illustré. Foster, cependant frustré de ne travailler que pour des scénaristes pas toujours inspirés sur l'adaptation du classique d'Edgar Rice burroughs se prépara en amont de façon remarquable avant deprincevaliant1938 se lancer dans cette saga chevaleresque personnelle magnifique.foster16

Celle-ci, à la fois très documentée mais mélangeant néanmoins librement quelques périodes historiques (des dark ages au moyen âge plus tardif) connue de très nombreux épisodes jusqu'en Mai 1971 dans les journaux où elle était publiée, date où son créateur décida de laisser le dessin pour cause d'arthrite. Il continua cependant à dessiner des croquis, à écrire les scénarios et à faire des couleurs jusqu'au 10 Février 1980. Depuis, elle a été reprise par quelques autres dessinateurs et scénaristes, et perdure aujourd'hui. Foster est décédé deux ans plus tard, le 25 Juin 1982 à 90 ans à peine, et est considéré (à juste raison) par ses pairs comme l'un des plus grands dessinateurs réalistes.

Les éditions Slatkine ont publié 7 albums noir et blanc de bonne facture regroupant les planches courant de 1937 à 1949 (1980 à 1983). Episodes qui ont connu leur suite en couleur aux éditions Zenda (17 volumes de 1995 à 1997 reprenant l'intégralité des scénarios de Foster). Citons aussi les traductions notables des éditions Serg (3 vol de 1973 à 1977) et Futuropolis (5 tomes de 1986 à 1989). 

Extrait bibliographique adapté du travail de Brian Kane, sur Bud Plant Illustrated books.

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