Une case en moins

09 mai 2009

Un Zopilote aux deux visages...

Série  :  Jerry Spring zopilote25___copie

 

L'auteur :  Jijé (dessin), sc : Philip (Philippe Gillain)

 

l'Editeur : Dupuis

 

La date : 1964

Case ci à droite : cases 2 et 3 de la planche 25

(Où l'humour et l'auto-dérision du héros ne sont pas les moindres attraits de ce récit)

Le contexte :

Bien que le western Jerry Spring nous offre à chaque album de bonnes aventures, avec leur lot de passages savoureux, on a du mal à retenir, en tous cas dans les premiers épisodes, des éléments spécifiques pour chacun d'eux; la série étant tout de même assez classique (dans le sens de bien pensante, ou "pépère") il faut le reconnaître.
Créée en effet en 1958 par Joseph Gillain (Jijé), on était en 1964 encore assez loin des scénarios que Jean Michel Charlier va fournir à Jean Giraud pour Blueberry quelques années plus tard. (Premier épisode de Fort navajo : 1965). Scénarios plus fouillés et d'avantage adultes dans le ton.

C'est pourquoi El Zopilote, et malgré une couverture qui ne l'annonce en rien (on dirait le nom et la prestation d'un chanteur mexicain) sort du lot par la teneur de son scénario et ses nombreux rebondissements.

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1er et 4eme de couverture des anciennes éditions.

Tout d'abord l'intrigue. Très rapidement installée, elle est assez étonnante :
Jerry est abordé par Jack Pontiac, un métis qui recherche son soit-disant frère Mike. Celui-ci offre une forte somme d'argent et des moyens considérables à Jerry et Pancho afin de le retrouver. Ce dernier a été d'après lui enlevé lors d'une "mission d'étude" par le chef de bande El Zopilote sur les contreforts du Pic Orizaba.

Bien que les deux amis ne fassent pas entièrement confiance à cet homme, ils décident, non sans s'être renseignés auparavant auprès d'un shériff de jouer le jeu.
Après s'être rendu chez un photographe, Jerry fait éditer et placarder des affiches de recherche au nom de son ami afin de s'en servir comme d'un appât pour rentrer dans la bande d'outlaws.
Pancho lui fait cependant un tour à sa façon en lui rendant la pareille... et tous deux se retrouvent chez El Zopilote comme complices.
Pour gagner sa confiance, ce dernier leur demande néanmoins de réaliser un braquage de banque.

...Ayant proposé à "Mike" (en fait John Wissler, bandit au grand coeur retenu prisonnier dans le camp) et Chico, un jeune mexicain intégré à la bande, de s'échapper ensemble, ils organisent une fiesta durant laquelle ils faussent compagnie aux desperados.

S'en suit alors une aventure dans l'aventure. Les deux groupes doivent se séparer au moment de retrouver Pontiac en bord de mer à Vera Cruz : Jerry et John prennent un bateau, bien obligé malgré eux à accepter les conditions de celui qui s'avère en fait être l'ex-complice de John. (Celui-ci détient en fait la moitié d'un plan indiquant la cachette d'un magot). Tandis que Pancho et Chico rentrent "à la maison". (cf. ci-dessous)

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Planche 42 originale (© Jijé/philip/Daniel Maghen)

Ce qui est admirable ici, c'est le changement brutal de décor et d'ambiance.

A l'image de ce que l'on a pu voir et ressentir dans le film "La vengeance aux deux visages" de Marlon Brando, bon western qui offre aussi des scènes de bord de mer (Monterey) : plus question de chevauchées, de plaines, de désert ou de montagnes;.. mais la mer, le large et des personnages embarqués sur un bateau, avec des look de pirates.
On ne sait plus à ce moment là si on est dans une aventure de Vallhardi ou toujours chez Jerry Spring.
Tout est remis en question.

Jusqu'à une tempête et un naufrage providentiels qui offrent un nouveau rebondissement. En quelques pages, Jijé et Philip nous embarquent avec eux encore plus loin : superbe scène de tempête, tons gris bleux du plus bel effet; Jerry prit dans les vagues avant de s'échouer sur le sable... On pourrait croire que Philip n'a fait que scénariser ce que son père souhaitait dessiner à ce moment là : des bateaux et la mer...

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page 45 complète

Perdus sur une côte dont ils ignorent d'abord le nom, Jerry et John errent alors dans des marais hostiles peuplés de caïmans (les Everglades de Floride.) Ils finissent même par être poursuivis par des... indiens Séminoles !  On aura tout vu.

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une case de la page 45

Le plus étonnant, c'est que cela se tient... et on remercie le scénariste à ce moment là (Philippe Gillain, un des fils de Joseph Gillain, dont la biographie sur le web ou ailleurs est quasi nulle soit dit en passant et qui a cependant écrit quelques bons scénarios chez Dupuis ou Pilote) de nous offrir l'occasion de découvrir cette tribu peu documentée en général et en bande dessinée en particulier.

La fin... je ne vous la raconte pas, mais sachez seulement que l'intrigue trouve un dénouement de qualité, ...ce qui fait de cet album un des plus réussis, et de Jijé et Philip les auteurs d'une excellente aventure, avec un grand "A", toutes catégories confondues.

Sans doute le meilleur album de cette série western classique.

La suite directe : "Pancho hos la loi" (on va retrouver en effet sur les trois prochains albums le personnage de Chico) propose une qualité presque identique.
Nous aurons l'occasion d'y revenir peut-être.

A voir : l'expo Jijé/Giraud au musée Jijé de Bruxelles.

Tous © : Dupuis/Jijé/Philip

Posté par hectorvadair2 à 20:14 - Une case en moins - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    C'est amusant, car je me souviens d'El Zopilote comme d'un "petit Jerry Spring", moyennement réussi. Il faut cependant avouer que je l'ai lu tardivement, après sa réédition en album cartonné pendant les années 80 (ça a longtemps été un album introuvable). J'étais alors un peu blasé et je ne l'ai jamais relu.

    Dans cette série, j'ai une nette préférence pour les 7-8 premiers albums, en particulier à cause de leurs grandes images (3 bandes par pages au lieu de 3 dans le Zopilote) et surtout d'une "ambiance Far West" très bien rendue, imprégnée des propres souvenirs de voyage de Jijé aux USA. Il y a peut être un effet "madeleine de Proust", car je n'ai possédé que 5 ou 6 albums pendant longtemps (les premiers) et je les ai longtemps comtemplés. Je trouve que "Lune d'Argent" et "Traffic d'Armes" sont des petits chefs d'oeuvre.

    Il faudra que je relise une fois les derniers Jerry Spring.

    Posté par Raymond, 10 mai 2009 à 17:11
  • Madeleine ?

    ...Quand tu nous tiens !
    J'avoue que j'adore le western, tout comme l'histoire, tu as pu le constater. D'ailleurs je viens de me procurer le premier tome d'Erik le viking (de Lawrence), et j'ai hâte de le lire.
    En ce qui concerne Jerry Spring, j'ai eu la chance de mettre la main ily a quelques années sur un lot important de la collec (reed années 80), ce qui fait que je pioche dans ma bilbiothèque de temps en temps ... (hummm) C'est pourquoi j'ai repris ma lecture il y a peu, et après les 9,10,11, ai abordé ce n° douze rapidement. J'ai donc pu ressentir une différence assez nette... ce qui me fait dire que hors Madeleine de Proust, cet album a des qualités intrinsèques. Et je te conseille donc de t'y replonger à l'occasion. (et de voir "La vengeance aux deux visages ?)

    Well, il va falloir aussi que je me remette dans Gil Jourdan, une autre série tout aussi classique que j'ai acquise aussi un peu de la même manière i y a environ douze (quinze ? ans), en éditions brochées. Et... il m'en reste du coup toujours à lire...
    Ouf !!

    Posté par hectorvadair, 16 mai 2009 à 09:20

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