Une case en moins

03 avril 2009

L'érotisme troublant de Forest et Gillon (Les Naufragés , 2)

maraSérie  :  Les Naufragés du temps

L'auteur : Jean-Claude Forest (sc), Paul Gillon (dessin)

l'Editeur : Hachette, (original) puis Humanoïdes associés

La date : 1975...

Case ci à droite : dernière page de l'édition originale du tome 2

Le contexte :

Revenons sur "Les Naufragés du temps" puisque l'aspect érotique de la série a été effleuré seulement dans la note précédente (et dans une autre mesure dans celle consacrée à Renart), mais le style suave des dessins de Gillon est tellement particulier qu'il mérite de s'y arrêter encore.

...Effleurements, corps nus dévoilés, peaux contre peaux, bouches offertes, scènes sado-maso... autant de cases mémorables.

Paul Gillon est un très bon dessinateur classique, apte à provoquer des sensations exaltées en quelques cases choisies, c'est un fait. Il a d'ailleurs créé une série purement érotique avec "La survivante", mêlant féminité charnelle et froideur robotique. (Albin Michel, 4 tomes de 1985 à 1991)
Mais son scénariste des débuts : Jean Claude Forest a l'esprit bien tordu et c'est lui qui, bien sûr, met en scène leurs personnages.
Drôles de relations en fait toutes en jalousie, en faux semblants.
(Cf. le bien nommé épisode "Labyrinthes" où le masque joue un bon moment à la fois un rôle érotique certain, mais aussi celui de l'ambivalence démoniaque. © Humanoides associés/Gillon)

masques

L'ambivalence monstrueuse aussi avec Quinine, la pulpeuse, la prostituée sublime mais dangereuse, mutante affublée d'une patte droite de rapace et qui n'hésite pas à griffer.
(case ci-dessous tirée de La Mort sinueuse © Humanoides associé/Gillon/Forest)

quinine

Et puis Mara...la belle, l'amoureuse qui va jusqu'à se sacrifier...pour mieux ressusciter. (La Mort sinueuse)

maranoyade

Image : Terrible scène de noyade presque insoutenable.(© Humanoides associé/Gillon/Forest)

Celle que Chris, désinvolte humain rescapé partage avec Quinine...
Celle qui s'est liée par le sang à son amant et qui devra faire appel à lui pour être une nouvelle fois sauvée.
Aaaah, Mara  et son corps abandonné sous une couverture toute en poils, plus qu'évocatrice. (Voir case en haut de page à droite)

marasuce

Belle scène vampirique et à forte charge érotique issue de L'étoile endormie (© Humanoides associés : Gillon/Forest)

Pour ceux qui avaient gentiment commenté la précédente note, il était question de la qualité et de la pertinence qu'auraient pu avoir aujourd'hui "Les Naufragés du temps" s'ils avaient encore existé.
On ne pourra malheureusement que se contenter des anciens épisodes, de très bonne facture.
Mais je conclurai (pour l'instant) sur cette série en vous incitant à vous replonger au moins dans les cinq premiers volumes* et à vous délecter de ces cases et cette ambiance sublimes.

* Note : La série a été rééditée superbement depuis Août 2008 dans une nouvelle maquette et une recolorisation de qualité, même si on pourra continuer à trouver un certain charme à l'édition originale des deux premiers tomes en bichromie de chez Hachette. (Voir liens ci-dessous)

Bibliographie :cbd36

- Schtroumpf CBD #36
- Monsieur  Gillon (Livret de 20 pages n/b format 31 x 23,5 cm  offert avec l'édition originale de l'album "La dernière des salles obscures tome 2, Aire libre Dupuis 1998)

A lire sur le web :

- Superbe rétrospective avec des documents rares sur BDZoom
- Un très bel article consacré à la nouvelle édition sur Auracan

Posté par hectorvadair2 à 21:12 - Une case en moins - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires

    C'est vrai qu'il y a un érotisme subtil dans cette série, qui dépasse la banalité de ce que l'on montre actuellement. Derrière les images, il y a un immense "non-dit" qui fait appel à l'imaginaire. A l'époque, j'avais bien sûr été fasciné par ce jeu avec le subconscient.

    Ce qui me parait dommage, c'est que la série n'a pas vraiment de fin. Gillon l'a prolongée comme un feuilletoniste, en rendant l'histoire toujours plus complexe, avant de la laisser en plan. La conclusion lui paraissait peut être impossible à faire (Mara ou Valérie ? La brune ou la blonde ?) mais il aurait tout de même faire un choix. Pour que la série soit un chef d'oeuvre, Gillon aurait dû faire ce que Moebius a finalement réussi avec son Major Matal : sacrifier certains personnages pour mieux "nouer la gerbe", et terminer enfin la saga.

    Posté par Raymond, 04 avril 2009 à 11:30
  • La gerbe, ou l'anneau ?

    Merci Raymond.
    C'est vrai qu'il est dommage de devoir sacrifier une fin pour des raisons souvent terre à terre. (abandon; fatigue..., manque d'inspiration..., refus de l'éditeur, banqueroute...)
    C'est sûrement ce que l'on reprochera à pas mal de séries longues ou plus petites, qui nous laissent une sentiment de frustration.

    En refaisant un parallèle sur Prince Valiant dont on parle pas mal ici et là, je me demande si, bien que la série soit "finie", (enfin le créateur est mort, donc c'est encore un autre problème.. quoi qu'on puisse choisir de gérer ce genre de "dead end"...),on n'a pas ressenti ce genre de frustration aussi dans une autre mesure lorsque celle-ci (la série) s'est enlisée dans des épisodes naifs ou relativement inintéressants. (...) C'est différent, ou plus "dilué"...

    En tous cas, les Naufragés du temps font partie de ces créations qui demandent à ce qu'on fasse une sélection sur leur volumaison afin de ne garder que le "meilleur".
    J'avoue que je n'ai pas lu toute la série encore, mais je redoute le moment où je vais me dire : "bon, laisse tomber, ca commence à se répéter..."
    ... N'empêche... on n'a pas besoin de 12 tomes pour créer un chef-d'oeuvre, et répéter du beau n'est pas chose aisée.
    Gillon et Forest resteront de toutes façons au Panthéon de beaucoup de fans.

    Posté par hectorvadair, 11 avril 2009 à 17:05

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